Accord d’Angora : nouveau départ pour l’amitié franco-turque [tr]

Il y a quatre-vingt dix ans, avec l’Accord d’Angora, ou Accord Franklin-Bouillon, la France était la première puissance de l’Entente à reconnaître le gouvernement de la Grande Assemblée Nationale de Turquie, dirigé par son président Mustafa Kemal ainsi que la validité du Pacte national.

Mustafa Kemal et Henry Franklin Bouillon à Ankara en juin 1921 - JPEG

Cet accord signé le 20 octobre 1921 par le Ministre des Affaires étrangères du gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie Yusuf Kemal (Tengirşenk) et l’envoyé spécial du gouvernement français Henry Franklin-Bouillon mit fin immédiatement à l’état de guerre entre la France et le Gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie. Il entérinait la renonciation par la France à la « zone d’influence » de Cilicie qu’elle avait obtenue par le Traité de Sèvres (10 août 1920), conformément aux Accords Sykes-Picot de 1916.

Les soldats français à Tarse en 1919 - JPEG

La voie d’une « paix brave » fut ouverte par la reconnaissance par l’opinion publique française de la légitimité du Mouvement national turc et son incompréhension devant les pertes humaines et financières engendrées par la Campagne de Cilicie conduite par l’armée du général Gouraud. La résistance des populations fit beaucoup pour cette prise de conscience : Şanlı (courage) Urfa et Gazi (victorieuse) Antep furent renommées pour rendre hommage à leur héroïsme.

Alors que l’Entente ne reconnaissait auparavant que le gouvernement du Sultan Mehmet VI, les gouvernements de Georges Clemenceau (1917-1920) puis d’Aristide Briand (1921-1922) décidèrent de conclure une paix séparée avec le gouvernement de la Grande Assemblée Nationale de Turquie.

L'Etat-major du général Julien Dufieux, commandant de la 156ème Division, ou "Armée de Cilicie" en 1920 - JPEG

Arrivé à Angora le 9 juin 1921, Henry Franklin-Bouillon, le négociateur français, sut rapidement nouer des relations d’amitié et de respect avec le Gazi Mustafa Kemal et son Ministre des Affaires extérieures Yusuf Kemal Bey. Cinq mois plus tard, l’Accord mettait fin à un état de guerre qui avait duré pendant presque sept ans.

La France ouvrait ainsi la voie à la reconnaissance internationale de la Turquie nouvelle. Par le Traité de Lausanne (24 juillet 1923), les Puissances alliées reconnurent la légitimité du Gouvernemet de Mustafa Kemal. La République de Turquie naquît le 29 octobre 1923.

Le Gazi Mustafa Kemal et Henry Franklin Bouillon à Ankara en octobre 1921 - JPEG

Avec l’Accord d’Ankara, malgré les tourments de la Première Guerre mondiale, la France et la Turquie pouvaient enfin renouer le fil de leur amitié multiséculaire.

Le Gazi Mustafa Kemal, Henry Franklin Bouillon, Ismet Pacha et Yusuf Kemal Bey à Ataşehir en avril 1922 - JPEG

Comme l’écrit Yusuf Kemal Bey dans sa lettre du 28 octobre 1921, cet accord eut pour but de « rétablir et consolider les relations étroites qui ont existé par le passé entre les deux nations ».

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“ Le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement de la Grande Assemblée Nationale de Turquie désireux de conclure un accord entre les deux pays... ”

“ Les Hautes Parties Contractantes déclarent que dès la signature du présent accord l’état de guerre cessera entre elle ; ... ”

“ Article IX

Le tombeau de Suleiman Chah, le grand-père du Sultan Osman, fondateur de la dynastie ottomane (tombeau connu sous le nom de Turc-Mezari) situé à Djaber-Kalessi restera, avec ses dépendances, la propriété de la Turquie, qui pourra y maintenir des gardiens et y hisser le drapeau turc.”

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“Excellence,

Je me plais à espérer que l’accord conclu entre le Gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie et le Gouvernement de la République Française en vue de réaliser une paix définitive et durable aura pour conséquence de rétablir et de consolider les relations étroites qui ont existé dans le passé entre les deux nations, le Gouvernement de la République Française s’efforçant de résoudre dans un esprit de cordiale entente toutes les questions ayant à trait à l’indépendance et à la souveraineté de la Turquie.”

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“En outre le Gouvernement Turc est prêt à examiner avec la plus grande bienveillance les autres demandes qui pourraient être formulées par des groupes français relativement à la concession des mines, voies ferrées, port et fleuves, à condition que les dites demandes soient conformes aux intérêts réciproques de la Turquie et de la France.

D’autre part la Turquie désire profiter de la collaboration des professeurs spécialistes français dans ses écoles professionnelles.”

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“Youssouf Kemal Bey Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement de la Grande Assemblée nationale de Turquie est autorisé à entrer en pourparlers avec le Délégué du Gouvernement de la République Française afin de régler un certain nombre de questions intéressant les deux pays.

A ce titre il a pouvoir de signer ad référendum un accord précisant les conditions de ce règlement.”

Henry Franklin-Bouillon
(1870-1937)

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Journaliste, Henry Franklin-Bouillon découvrit la Turquie au cours de la Guerre des Trente Jours entre la Grèce et l’Empire ottoman (1897). Député radical-socialiste en 1910, engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale, Ministre d’Etat en 1917. Il est envoyé par le gouvernement d’Aristide Briand en mai 1921 à Ankara pour signer un accord avec le gouvernement de la Grande Assemblée Nationale.

Youssouf Kemal Tengirşenk
(1878-1969)

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Professeur, juriste (diplômé de la Faculté de droit de Paris) et diplomate, élu du Parlement ottoman en 1908, combattant de la Première Guerre Mondiale, ayant rapidement rejoint la Grande Assemblée Nationale de Turquie. Yusuf Kemal Bey est nommé Ministre des Affaires extérieures du gouvernement de la Grande Assemblée Nationale de Turquie en mai 1921 (il le sera jusqu’en octobre 1922). Parfait francophone, il négocie et signe avec Henri Franklin-Bouillon le Traité d’Ankara en 1921. Il devient par la suite Ministre de la Justice de la République de Turquie de 1930 à 1933.

Henri Gouraud
(1867-1946)

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Brillant officier de la Coloniale, blessé lors de la Bataille des Dardanelles en 1915, il est nommé en 1919 comme Haut-commissaire de la République en Syrie et en Cilicie et commandant en chef de l’Armée du Levant par Georges Clémenceau. Après son départ de Syrie en 1922, il sera par la suite Gouverneur Militaire de Paris.

- La France et la Turquie : dix grands moments de la relation bilatérale

- 1525
François Ier étant fait prisonnier à la bataille de Pavie, la régente Louise de Savoie envoie une Ambassade pour solliciter le soutien du Sultan Soliman le Magnifique.

- 1535-1562
Jean de la Forest est le premier Ambassadeur de France résidant à Istanbul en 1535. Il ouvre la voie au Traité d’Alliance conclu entre François Ier et Soliman le Magnifique l’année suivante. Cette alliance sera concrétisée par une série de campagnes communes entre 1536 et 1559.

- 1673-1715
Alliance franco-ottomane sous le règne de Louis XIV. Le Sultan Mehmed IV reconnaît à la France le rôle de protecteur des catholiques de l’Empire ottoman en 1673. Mehmet Effendi établit à Paris la première Ambassade ottomane permanente de l’histoire de la diplomatie ottomane en 1720.

- 1805-1812
Alliance franco-ottomane initiée par Selim III et Napoléon Ier. Le Général Sébastiani, Ambassadeur de France à Istanbul, organise la défense de la capitale ottomane contre les Britanniques le 19 février 1807.

- 1852-1870
Alliance entre l’Empire français de Napoléon III et l’Empire ottoman d’Abdülmecid Ier puis d’Abdülaziz, concrétisée lors de la guerre de Crimée (1853-1856), qui aboutit au Traité de Paris le 30 mars 1856. En 1867, le Sultan Abdülaziz effectue ure visite en France à l’occasion de l’Exposition universelle. L’année suivante, l’école impériale de Galatarasay est transformée en Lycée impérial où l’enseignement se fait en français. En 1869, l’Impératrice Eugénie effectue une visite de retour au Sultan Abdulaziz à Istanbul.

- 20 octobre 1921
Signature des Accords Franklin-Bouillon (Accord d’Angora).

- 1938-1939
Suite à une consultation populaire, le Sandjak d’Alexandrette, sous mandat français, se constitue en République du Hatay en septembre 1938. Le Parlement du Hatay vote en février 1939 son rattachement à la Turquie, effectif le 23 juin 1939.

- 27 octobre 1968
Visite du général de Gaulle, président de la République française, à Ankara et Istanbul.

- 14 avril 1992
Visite en Turquie de M. François Mitterrand, président de la République française et signature d’un accord de coopération instituant l’Université Galatasaray.

- 1er juillet 2009-6 avril 2010
Saison de la Turquie en France.

Dernière modification : 06/02/2013

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