Allocution de M. l’Ambassadeur à l’occasion de la Cérémonie de Commémoration du 101ème Anniversaire de la bataille des Dardanelles (24 avril 2016 au Cimetière français) [tr]

Monsieur le Ministre de la Culture et du Tourisme
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Hauts représentants,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs qui êtes venus honorés tous nos soldats disparus,
Chers amis,

Permettez-moi de vous remercier de votre présence à nos côtés pour honorer la mémoire des 10 000 soldats des troupes françaises tombés sur cette terre turque. Ils étaient marins, soldats, zouaves, tirailleurs sénégalais, tirailleurs algériens, légionnaires. Au total ce sont 80 000 soldats du Corps expéditionnaire français d’Orient et de la Marine française qui sont venus sur cette terre et ces eaux lointaines au cours des 9 mois qu’a duré cette bataille des Dardanelles. 2 240 d’entre-eux reposent dans des tombes individuelles sur ce coteau face à la mer, dans ce cimetière inauguré en 1930 sur la zone où les troupes françaises ont débarqué la première fois. Les autres reposent dans les ossuaires autour de nous ou sont restés sur le lieu de leur mort, côte à côte avec leurs camarades de combats, mais aussi leurs adversaires de l’époque.

Vous avez entendu juste avant quelques lettres et témoignages de ces soldats qui étaient à Gallipoli. Je voudrais pour ma part vous citer l’exemple de l’un d’entre eux qui a survécu à ces combats. Il s’agit du jeune Marcel MEZY qui s’engage en décembre 1914 au sein du 6°régiment mixte colonial. Après quelques mois d’instruction il est embarqué pour servir en Orient, aux Dardanelles. Il est engagé dès le premier jour dans les durs combats qui mènent à la prise du Fort Turc de Kum-Kale, puis sur la presqu’île de Gallipoli à Seddülbahir. Il participera à de nombreux combats sur cette presqu’île. Il y est blessé deux fois et cité trois fois pour son courage et son allant, alors qu’il a tout juste vingt ans. Il écrira plus tard : « J’ai participé à beaucoup d’autres combats dans le monde. Nulle part, je dis bien nulle part, je n’ai vu les cadres et les hommes souffrir de la guerre comme sur cette presqu’île de Gallipoli. Souffrances de toutes sortes, dévorés par la vermine, condamnés à boire une eau infecte, à vivre au milieu des cadavres, guerre impitoyable de jour et de nuit. Là, il n’était pas question de repli stratégique, car derrière, à droite, et à gauche, il y avait la mer, toujours la mer ». Marcel MEZY poursuivra par la suite une carrière militaire. Au cours de la seconde guerre mondiale, il rejoindra les Forces Françaises Libres et participera à la libération de la France en 1944-1945.

Ce témoignage nous rappelle combien a été inhumaine la situation, non seulement des Français, mais de tous les combattants présents sur cette presqu’île. Mais aussi combien leur courage et leur sens du sacrifice méritent notre respect. Soyons, dans la paix, aussi courageux et généreux qu’ils l’ont été au combat.

Vous savez qu’en France cette campagne des Dardanelles n’est qu’un épisode de la Première guerre mondiale. Alors que s’achevait cette bataille à Gallipoli, les Allemands se préparaient déjà à attaquer en France dans la région de Verdun. L’année 1916 sera ainsi le théâtre, sur le front de l’Ouest, de deux batailles qui marqueront à jamais les paysages de la France et les familles de millions de soldats. C’est d’abord la bataille de Verdun où les pertes dans les deux camps s’élèveront à 700 000. Puis la bataille de la Somme où les pertes atteindront le million. Cette offensive verra notamment les soldats sud-africains, australiens, britanniques, canadiens, irlandais et neo-zélandais se battre à nos côtés. Certains d’entre eux avaient déjà connu l’épreuve de Gallipoli, ils retrouveront en France le déluge de feu et la boue des tranchées.

Nous commémorons aujourd’hui ceux qui sont tombés sur cette presqu’île entre mars 1915 et janvier 1916. Bientôt se réuniront aussi en France plusieurs de nos nations pour commémorer, le 29 mai prochain, le centenaire de la bataille de Verdun et, le 1er juillet, à Thiepval, le centenaire de la bataille de la Somme.

Toutes ces cérémonies nous rappellent, comme je le disais ce matin devant le monument turc, combien il est important de transmettre cet héritage aux jeunes générations. Un héritage de fraternité dans les combats, un héritage de réconciliation dans la paix.

Dans quelques instants, les représentants de quelques pays vont déposer une gerbe au pied de notre monument. Au-delà de ce geste symbolique, c’est vous tous qui honorez, par votre présence à nos côtés ce matin, la mémoire de nos soldats restés à jamais sur cette terre. Je vous remercie d’être venus nombreux aujourd’hui pour marquer ce respect devant leur sacrifice et cette volonté d’en perpétuer le souvenir.

Dernière modification : 25/04/2016

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