La laïcité française [tr]

1) Que signifie la laïcité à la française ?

Le principe de laïcité résulte d’un long processus historique commencé avec la philosophie des Lumières. En effet,les Lumières développent l’idée de tolérance et de liberté de conscience en critiquant la monarchie de droit divin.La laïcité a été progressivement formalisé par la troisième République à la fin des années 1870. L’enseignement public, laïc et obligatoire a été instauré par les lois Ferry en 1881.

La loi de 1905 relative à la séparation de l’Église et de l’État marque l’aboutissement de ce processus : elle impose la neutralité au sein du service public et interdit le financement des cultes par l’État, qui ne reconnait aucune religion mais qui garantit le libre exercice du culte pour tous. Aujourd’hui, le principe de laïcité est inscrit dans notre Constitution. Il repose sur trois piliers : le respect de la liberté de conscience et de culte ; la lutte contre toute domination de la religion sur l’État et sur la société civile ; l’égalité des religions et des convictions les « convictions » incluant le droit de ne pas croire.

Comme l’a rappelé M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères le 31 juillet 2012 : " La France est une République laïque, mais la laïcité n’est nullement hostile aux religions. Elle fournit au contraire le cadre partagé pour la coexistence des différentes expressions religieuses, ou leur absence, et pour le libre exercice des cultes. L’État laïc ne soutient, en effet, aucune religion et n’en désavantage aucune. Il respecte les croyances et il sait que la liberté de religion et de conviction est au cœur des libertés publiques. J’ajoute que la laïcité est un principe d’avenir dans un monde où la diversité des croyances et des références spirituelles va aller en s’accroissant. Certes, je n’ignore pas que la laïcité est quelquefois détournée et transformée en principe d’exclusion. Mais c’est un contresens."

2) Comment le principe de laïcité est-il mis en œuvre aujourd’hui ?

La laïcité n’ignore pas le fait religieux qui est majeur dans nos sociétés.

En effet, le paysage religieux français s’est diversifié au cours de ces dernières décennies et les pratiques religieuses, moins assujetties aux rites, se sont sécularisées.

Aucune statistique officielle recensant l’affiliation religieuse n’est disponible en France depuis 1872, date à laquelle il est interdit de collecter des données sur l’appartenance religieuse et l’origine ethnique des personnes. C’est à partir de sondages que des estimations sont établies. Le rapport Machelon de 2006 dresse le panorama religieux suivant : le catholicisme reste la religion majoritaire (environ 65 % des Français) ; l’islam est la deuxième religion de France et se présente sous une grande diversité d’expressions. On estime à environ 5 millions le nombre de personnes originaires de pays se recommandant de l’Islam ; le protestantisme représente 2% de la population, le judaïsme compte environ 600 000 personnes.

Aussi, la laïcité va de pair avec un dialogue soutenu avec les responsables religieux. C’est ainsi que le président de la République reçoit une fois par an les représentants des cultes.

Le ministre de l’intérieur, chargé des relations avec les cultes, est également en contacts réguliers avec les représentants des différentes confessions pour faciliter l’organisation et la pratique des cultes. Ainsi, le service public autorise les absences de ses agents à l’occasion des grandes fêtes religieuses.

Le ministre des affaires étrangères s’est également doté d’un conseiller pour les affaires religieuses et le Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) consacre une partie de son travail à l’étude du rôle du fait religieux dans la vie internationale.

Dans les enceintes multilatérales, la France est mobilisée avec ses partenaires européens pour promouvoir la liberté de religion ou de conviction dans le monde. (les premières « lignes directricesde l’Union européenneen matière de libertéde religion ou de conviction » ont été adoptées par le Conseil des affaires étrangères du 24 juin 2013). L’Union européenne présente ainsi chaque année à l’Assemblée générale des Nations unies et au Conseil des droits de l’homme une résolution intitulée « Liberté de religion ou de conviction ».

Des lois sont venues préciser les modalités de mise en œuvre de la laïcité. C’est ainsi que la loi du 15 mars 2004 autorise le port de signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics, pour peu qu’ils ne soient pas ostentatoires.C’est ainsi également que la loi du 11 octobre 2010 prohibe de manière générale la dissimulation du visage pour quelque raison que ce soit, dans l’espace public.

En 2005, le centenaire de la loi de séparation de l’Église et de l’État a suscité de nombreuses réflexions sur ce principe qui garde toute sa pertinence.

Dans ce cadre, l’Observatoire national de la laïcité, institué en 2007 et relancé en 2013 assiste les pouvoirs publics dans leur action visant au respect du principe de laïcité en France. Il réunit les données, produit les analyses permettant d’éclairer les pouvoirs publics sur la laïcité. Il peut saisir le Premier ministre de toute demande tendant à la réalisation d’études ou de recherches dans le domaine de la laïcité. Il peut proposer au Premier ministre toute mesure qui lui paraît permettre une meilleure mise en œuvre de ce principe, notamment pour assurer l’information des agents publics et privés, des usagers des services publics, des élus et des représentants des cultes. Enfin, il est consulté par le Premier ministre ou les ministres sur des projets de textes législatifs ou réglementaires."

Dernière modification : 19/01/2015

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