Dérèglement climatique - COP21 - Sommet mondial « Climat et Territoires » - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Lyon, 02/07/2015) [tr]

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Responsables locaux des cinq continents,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

J’aurais souhaité être personnellement et directement devant vous aujourd’hui. Malheureusement, la négociation sur le nucléaire iranien impose que je sois à Vienne en Autriche. Je ne puis donc communiquer avec vous que par ce message vidéo, à l’occasion de votre sommet consacré à l’engagement des territoires au service du climat.

Je reviens de New York où le président de l’Assemblée générale des Nations unies a organisé un événement sur le changement climatique, avec l’ensemble des 195 pays. Le message est clair : la mobilisation internationale se renforce, tant mieux, mais le réchauffement climatique lui-même se renforce et il faut accélérer notre action contre le dérèglement du climat. L’année 2014 a été la plus chaude jamais enregistrée, l’année 2015 risque de l’être plus encore. Et ces jours-ci ne vont pas faire baisser les moyennes annuelles - au contraire !

Ce réchauffement, nous savons que nous devons le contenir à 1,5 ou 2° C. Si les températures augmentaient davantage - 3, 4, voire 5° C -, les effets pour la planète et pour chacun de nos territoires seraient dramatiques. Pas seulement pour le climat, mais aussi pour la santé publique, le développement, la sécurité et la paix. Aucune région du monde n’échapperait aux conséquences de notre inaction.

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À cinq mois de la COP21, que j’aurai la responsabilité de présider, où en sommes-nous ? Il y a plusieurs évolutions positives. Un consensus entre les États sur la nécessité d’obtenir un accord universel et ambitieux à Paris. Des pays grands émetteurs de dioxyde de carbone qui s’engagent - les États-Unis et la Chine notamment, qui a présenté avant-hier sa contribution à l’occasion de la visite en France du Premier ministre Li Keqiang. À cela s’ajoute une prise de conscience de beaucoup d’entreprises, d’acteurs financiers et de territoires - votre rassemblement à Lyon l’illustre. Je constate aussi, et c’est tout à fait important, le soutien de la communauté scientifique, l’appui de très hautes autorités spirituelles et morales, le leadership d’un certain nombre de responsables éminents, dont le Secrétaire général des Nations unies. Vous constatez enfin comme moi le soutien de l’opinion publique, notamment des jeunes, de la société civile et de ses organisations. Tout cela est positif et permet d’espérer un accord historique à Paris en décembre sur le climat.

Pour autant, nous sommes lucides. Nous savons l’extrême complexité de la tâche, nous savons le travail qui reste à accomplir en peu de temps, et nous savons les obstacles à surmonter. Il faut donc transformer la bonne volonté, qui est acquise, en un bon accord, qui reste à obtenir.

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Au moins deux innovations importantes sont prévues pour la COP21 par rapport aux précédentes. L’une concerne la mobilisation des États. Tous les pays se sont engagés à établir une « contribution nationale » - en anglais INDC -, fixant des objectifs de limitation de leurs émissions. C’est la première fois dans les négociations climatiques internationales. C’est un levier extrêmement précieux, même si parfois les engagements peuvent apparaître décevants ou n’ont pas encore été publiés. À ce jour, 54 % des émissions sont déjà couvertes.

Les efforts des États sont essentiels, mais ils ne sont pas suffisants. Ils doivent être renforcés par une mobilisation des acteurs non étatiques. C’est pourquoi - seconde innovation - nous voulons rassembler à Paris les engagements et les initiatives concrètes de tous ces acteurs non étatiques en faveur du climat : c’est ce que nous appelons « l’agenda des solutions », l’Agenda Lima Paris.

À cet égard, la mobilisation pour le climat des villes, des régions, des territoires, la vôtre, est absolument essentielle. Ce n’est pas une option, c’est une obligation. Par vos engagements, vous avez d’abord la capacité d’inciter les gouvernements à se fixer des objectifs plus ambitieux et de renforcer nos chances de rester au-dessous de la limite des deux degrés.

Par vos engagements directs, vous pouvez décider vous-mêmes et conduire nos concitoyens à adopter le réflexe « zéro carbone » dans la vie quotidienne. Transports écologiques, bâtiments à énergie solaire, valorisation des déchets... : en investissant dans ces secteurs vous détenez des éléments très importants de la solution.

Vos engagements - je le sais pour avoir dirigé moi-même des collectivités locales - prennent plusieurs formes.

D’abord, des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, comme pour les gouvernements. Certains engagements importants ont déjà été pris dans ce sens et vous vous apprêtez à en annoncer de nouveaux. Je salue en particulier l’engagement pris par une centaine de grandes villes et régions du monde en septembre 2014 à New York de réduire leurs émissions d’ici 2030. Je salue l’engagement des villes européennes, mobilisées depuis longtemps dans ce sens, et qui se sont engagées à réduire leurs émissions de 20% d’ici 2020 et, déjà pour certaines d’entre elles, de 40% d’ici 2030. Je salue l’engagement ambitieux, pris en mai par plusieurs régions du monde sous l’impulsion du gouverneur de Californie, de réduire leurs émissions de 80 à 95% en 2050 par rapport à 1990 ou de plafonner les émissions par personne à 2 tonnes par an.

Au-delà, vous adoptez souvent des plans d’action en faveur du climat, avec des mesures extrêmement concrètes qui ont un impact immédiat. Y compris lorsqu’il s’agit de vous adapter aux impacts déjà en cours du dérèglement climatique - je pense notamment aux villes et aux régions des pays du Sud, très présentes dans ce sommet de Lyon.

Quand San Francisco se fixe un objectif « zéro déchets », cela change la donne. Quand Dakar se dote d’un plan climat prévoyant l’utilisation d’énergies renouvelables et une meilleure isolation des bâtiments, cela change la donne. Quand Helsinki annonce la mise en place d’un système de transport urbain permettant de réduire massivement l’usage des voitures individuelles d’ici 2025, cela change la donne. Quand Séoul déploie un programme volontariste de transports publics et d’extension des espaces verts, cela change la donne. Je pourrais citer bien d’autres exemples de territoires climato-exemplaires, qui montrent que les collectivités locales sont les laboratoires actifs de la croissance verte.

En vue de la COP21, je vous encourage et j’encourage tous les territoires à prendre des engagements, à mettre en oeuvre des initiatives concrètes, et à les faire connaître. Je vous invite à les publier sur la plateforme numérique appelée NAZCA (Non-State Actor Zone for Climate Action), mise en place par les Nations unies en préparation de la COP21. Cette plateforme va permettre de mieux recenser les initiatives et de diffuser les bonnes pratiques.

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Mais soyons clairs : si l’action des collectivités locales pour la planète est absolument indispensable, elle ne se substitue pas à l’action des États. Les gouvernements ont un rôle central à jouer, et nous devons montrer, nous aussi gouvernements, que nous sommes à la hauteur des enjeux.

Cela implique une accélération des négociations. Il ne faut pas attendre la dernière minute pour espérer régler des questions difficiles. C’est la raison pour laquelle je réunirai à plusieurs reprises les ministres d’ici la COP21. Un accord est indispensable, il est possible, mais il faut accélérer.

Je sais que vous me transmettrez à l’issue de vos travaux une déclaration comprenant plusieurs demandes adressées aux négociateurs. J’en ferai état aux délégués en amont de la COP21. Et nous insisterons notamment sur deux points essentiels pour que l’accord de Paris soit un bon accord.

L’exigence de justice. La justice, cela signifie l’équité dans les efforts à accomplir par les différents pays, qui se trouvent dans des situations différenciées. Cela signifie aussi la solidarité financière envers les pays en développement ou pauvres. L’idée que les collectivités locales pourront bénéficier des financements climat internationaux est une excellente idée que l’on va essayer de faire avancer. Cela signifie une meilleure prise en compte de l’adaptation aux effets du changement climatique, et pas seulement de l’atténuation.

Une autre condition d’un bon accord, c’est qu’il soit durable, qu’il ne s’arrête pas brusquement en 2030, mais qu’il puisse se prolonger au-delà, s’améliorer au fur et à mesure, qu’il comporte donc une « clause de révision », qui nous permette d’évaluer collectivement les choses, de situer où nous en sommes et de revoir régulièrement à la hausse les engagements initiaux.

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Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Nous sommes à cinq mois de la conférence de Paris, l’accord est absolument indispensable et il est possible. Il appartient aux 196 parties à la convention des Nations unies sur le climat d’adopter un dispositif ambitieux, juste, différencié et durable. Par vos actions et vos engagements, il vous appartient de contribuer à ce que cet accord soit le plus ambitieux possible. Les États et les territoires doivent être des alliés pour le climat. Nous devons, nous, gouvernements, tenir le plus grand compte de votre message et vous devez, vous, apporter tout votre appui qui est absolument décisif. Je vous donne rendez-vous début décembre pour le Sommet des élus locaux pour le climat à l’Hôtel de Ville de Paris et pour la journée qui sera consacrée à l’action des villes et des régions à la COP21 elle-même au Bourget. Je vous félicite pour ce que vous faites et que vous ferez pour les habitants de vos villes, de vos régions et pour le monde. Merci./.

Dernière modification : 03/07/2015

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