Discours de M. Ali Bayramoğlu, le 17 septembre 2012

Monsieur l’Ambassadeur de France,

Monsieur le Consul Général,

La distinction que vous me remettez aujourd’hui me va droit au cœur d’abord pour des raisons personnelles et même intimes.

J’ai fait l’essentiel de mes études supérieures en France, c’est dans l’université française que j’ai appris mon métier de sociologue, le français est demeuré ma principale langue étrangère de travail, je n’ai cessé de collaborer avec l’Ecole des hautes études en sciences sociales et avec le CERI.

J’ai gardé dans votre pays nombre d’amis avec lesquels je partage les joies et les plaisirs que m’apportent votre culture et votre art de vivre. Mais vous comprendrez que j’accorderai plus d’importance à la dimension politique et je dirai même philosophique de la décoration que vous me décernez.

Car, c’est surtout un combat de cet ordre que vous honorez, un combat que bien sûr je mène avec d’autres. Ici vous me permettrez d’évoquer l’engagement et la mémoire de mon ami Hrant Dink.

Ce combat pour promouvoir une conception universaliste de la citoyenneté, dans la liberté, l’égalité et la fraternité, n’oppose pas la Turquie a la France ou a l’Europe, ni l’Orient à l’Occident. Il oppose la Turquie à elle-même, comme la France à elle-même et l’Europe à elle-même.

Ce combat passe par un travail critique, lucide, parfois douloureux de reconnaissance de l’histoire, avec ce que cela suppose d’affrontement et ce que cela exige de morale intellectuelle. Mais c’est le prix à payer pour que survienne une vraie démocratisation non seulement du système politique turc, mais surtout de l’identité turque elle-même.
Tel est le sens de ma participation au débat public.

Enfin vous me décorez de l’Ordre du mérite à un moment ou la France et la Turquie sortent d’une période difficile de leur relation diplomatique et entendent entamer une nouvelle phase de leur longue histoire commune.

C’est la modeste contribution des universitaires, des intellectuels et la lourde responsabilité des éditorialistes, des journalistes que de maintenir le dialogue et l’amitié entre les nations quand la politique les éloigne.

Votre geste à mon égard est un puissant encouragement qui nous est donné, à moi- même et à mes amis turcs et français, pour continuer à œuvrer au service de ce vieux compagnonnage entre nos deux pays.
Merci encore…
Et mes chers amis, mille mercis d’être venus.

Dernière modification : 27/11/2014

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