Discours de l’Ambassadeur à la Conférence Turquie Business France Paris 17 juin 2016

Monsieur l’Ambassadeur de Turquie en France,
Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Conseillers du commerce extérieur,
Mesdames, Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi d’ouvrir ce matin, avec mon ami Hakki Akil, cette conférence consacrée à la Turquie et aux opportunités que ce pays offre aux entreprises françaises.

Je souhaiterais tout particulièrement remercier les dirigeants des grands groupes turcs qui ont spécialement fait le déplacement à Paris pour venir vous présenter leur vision du marché et leurs projets dans les domaines des infrastructures de transports, de l’énergie et de l’immobilier commercial, trois secteurs qui ont littéralement propulsé l’économie turque ces dernières années.

En ces temps difficiles, où la Turquie est confrontée notamment au terrorisme, il nous a semblé utile et nécessaire, avec Business France, d’organiser cette conférence à Paris pour rappeler combien la Turquie est un grand pays, doté d’une des plus fortes croissances européennes, et une terre de développement pour les entreprises françaises.

La photo qui illustre cette matinée est à elle seule tout un symbole. Elle témoigne de l’envergure et de la rapidité des grands travaux menés par la Turquie. Ce projet de 3ème pont au-dessus du Bosphore, un investissement de 2,5 Mds USD, a été décidé, adjudiqué, construit et bientôt inauguré en moins de 4 ans. Mais c’est aussi un symbole de la coopération avec la France : une conception de Michel Virlogeux, l’ingénieur du viaduc de Millau, des systèmes à haubans de Freyssinet, une gestion déléguée à laquelle participe Egis, en partenariat avec la société turque Ictas, quoi de plus symbolique comme lien entre nos deux pays que ce magnifique ouvrage d’art sur le Bosphore. Car ce lien entre nos deux pays, dans l’architecture, l’industrie, le commerce et la distribution, il ne date pas d’hier.

Vous savez combien la relation franco-turque est forte et ancrée dans l’histoire. C’est dans l’empire ottoman que le royaume de France avait créé sa première mission diplomatique permanente dans le monde en 1536. C’est aussi la France qui, en 1921, fut le premier pays occidental à reconnaître le gouvernement de Mustafa Kemal, qui avait d’ailleurs fait appel au début du XXème siècle à de grands urbanistes français ou levantins. Aujourd’hui, nos relations sont fondées sur un partenariat stratégique, dont le cadre a été fixé lors de la visite d’Etat du Président de la République en janvier 2014. C’est là une reconnaissance, un peu tardive certes, d’une réalité politique pourtant évidente avec la montée en puissance de la Turquie depuis une quinzaine d’années et les liens/intérêts très forts entre nos deux pays.

La Turquie est en effet pour la France un partenaire majeur et incontournable sur les principaux enjeux du moment. Je pense bien sûr tout d’abord à la lutte contre le terrorisme puisque nos deux pays ont connu, à quelques semaines d’intervalle à la fin de l’an dernier, les pires attentats de leur histoire. C’est un fléau contre lequel nous coopérons très étroitement. Et je sais combien ce point est important pour les investisseurs et les exportateurs français qui veulent travailler et pouvoir envoyer des collaborateurs dans un climat aussi apaisé que possible. J’ai aussi à l’esprit le rôle joué par la Turquie pour endiguer les flux de migrants vers l’Europe : en accueillant aujourd’hui le plus grand nombre de réfugiés dans le monde (près de 3M), il est légitime que la Turquie demande à mieux en partager le fardeau. Vous savez que ce sujet a été au cœur des discussions ces derniers mois entre la Turquie et l’Union européenne.

Mais la France est aussi un partenaire important pour la Turquie, comme le soulignait d’ailleurs le Chef d’Etat turc en accueillant M. François Hollande à Ankara : « La France a toujours été la fenêtre de la Turquie vers l’Occident ». La Turquie représente aujourd’hui en effet pour les entreprises françaises une terre de croissance mais également une plateforme régionale exceptionnelle, dans une région à fort potentiel (Sud Caucase, Asie Centrale, Proche et Moyen-Orient, et bien sûr Iran). Notre responsabilité est donc de promouvoir ce partenariat économique et de sans cesse l’enrichir, dans les deux sens.
Environ 500 entreprises françaises sont présentes en Turquie, créant plus de 100.000 emplois et prenant toute leur part au développement économique de ce pays, avec pour la plupart d’entre elles des taux de croissance à deux chiffres en 2015. Des PME et ETI, nullement découragées par le contexte géopolitique et sécuritaire, sont même en cours d’installation ou en phase d’acquisition d’entreprises turques.

Je rappelle que la France est le 6ème fournisseur de la Turquie et son 6ème investisseur étranger. La Turquie est notre 3ème débouché hors UE, devant le Brésil ou l’Inde. C’est donc un partenaire commercial de tout premier plan pour notre économie. L’engagement de l’AFD (plus de 2MdsE de crédits au cours des dix dernières années) est significatif et comme vous le savez, nous avons aussi des projets importants et stratégiques dans les secteurs du nucléaire, de l’aéronautique et de l’armement.

Nous pouvons aussi nous appuyer sur un fabuleux réseau francophone et francophile dans ce pays, avec des Alumni issus d’une dizaine de lycées enseignant en français, dont le plus célèbre d’entre eux est Galatasaray (plus de 4.000 apprenants de français par an, ce n’est pas rien !).
Dans cette relation humaine qui nous unit, il faut aussi compter sur plus de 600.000 Turcs qui vivent en France, dont la moitié de binationaux, et environ 10.000 Français en Turquie. Je salue le dynamisme de ces entrepreneurs turcs en France, où ils sont un exemple d’intégration.

On le voit donc, la relation est très forte entre nos deux pays, avec une France qui a besoin de la Turquie et, je crois aussi, une Turquie qui a besoin de la France. Même si cette relation a parfois connu des moments difficiles, elle est depuis ces dernières années dans une phase positive, favorable au développement des affaires.

Lors de la visite de F. Hollande, les deux Chefs d’Etat ont fixé un objectif commun et ambitieux : augmenter le volume d’échanges entre nos deux pays de 12 à 20 Mds €. On va dans cette direction puisqu’en 2015, nous avons déjà atteint 14 Mds € mais il y a encore un écart important à combler. Le potentiel pour davantage d’échanges franco-turcs est considérable quand on voit les ambitions de ce pays, aujourd’hui 17ème puissance économique dans le monde et qui vise le 10ème rang en 2023, année du centenaire de la création de la République. Nous faisons déjà beaucoup ensemble (dans le textile, l’aéronautique et l’automobile, 3 piliers de notre commerce) mais nous pourrions faire encore bien davantage : je pense aux secteurs de la ville durable, de l’énergie, des transports (urbains et ferroviaires), de la santé, de l’agro-industrie, etc…C’est là un beau challenge à relever.

Nous souhaitons, par ailleurs, attirer davantage d’investisseurs turcs en France car la situation actuelle est déséquilibrée : la France est le 6ème investisseur étranger en Turquie alors que la Turquie n’est que le 29ème investisseur en France, avec seulement une centaine d’entreprises turques en France, dont les deux plus importantes sont Ulker (détenteur de Choco BN et des biscuits Delacre) et Yildirim Holding -dont je salue son PDG- avec sa participation stratégique dans la CMA CGM. D’autres groupes ici présents ce matin sont aussi investisseurs (tel Zorlu ou Esas) et d’autres cherchent de nouvelles opportunités de croissance externe en France, où ils sont plus que bienvenus.

Il faut encourager enfin les partenariats conjoints entre groupes français et turcs pour pénétrer de nouveaux marchés, au Proche et Moyen-Orient ou en Afrique. La coopération menée à cet égard entre le groupe TAV et Aéroports de Paris est pour moi, cher Sani Sener, un excellent exemple d’une stratégie gagnante pour nos deux pays et, je l’espère, une source d’inspiration pour d’autres secteurs.

Bien sûr, tous ces nouveaux partenariats et investissements conjoints que j’appelle de mes vœux, supposent un bon environnement des affaires. Je me fais l’écho des préoccupations qui m’ont souvent été exprimées aussi bien par des entreprises turques que françaises : la nécessité d’avoir des règles de droit stables, claires et non-rétroactives ; le souhait d’avoir moins de procédures administratives et, pour ceux qui souhaitent accéder au marché turc, moins d’obstacles tarifaires et non-tarifaires. Nous sommes aux côtés du gouvernement turc pour l’encourager à mener à bien ces réformes nécessaires à la compétitivité et l’attractivité de ce pays. Et, dans le cadre de ce qu’on appelle la « diplomatie économique », je suis naturellement prêt à continuer de relayer les préoccupations des entreprises françaises à l’égard des ministres concernés.

En conclusion, je ne peux que réitérer combien la Turquie est un partenaire-clé pour la France et combien cette relation est importante à faire fructifier pour nos deux pays. Depuis mon arrivée en Turquie en septembre dernier, j’ai tenu à renforcer les liens entre les acteurs français publics et privés qui accompagnent les entreprises françaises dans ce pays : la Chambre de commerce et d’industrie franco-turque (dont je salue la nouvelle Présidente), Business France, les CCEF, le SER, tous désormais à votre disposition en format équipe de France, avec des missions et responsabilités vraiment complémentaires. Je suis convaincu qu’avec le soutien de la chambre turque de France, que je salue également, vous serez tous bien épaulés pour réussir en Turquie comme en France.

Je forme donc le vœu que cette journée puisse être utile au renforcement mutuel de nos échanges, favoriser davantage de présence économique française en Turquie et susciter de nouveaux projets d’investissements turcs en France. Merci de votre attention.

Dernière modification : 21/06/2016

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