Discours de M. LE GUEN, le 13 octobre 2014

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,

Mesdames et messieurs les parlementaires, Messieurs les Ambassadeurs,

Chers amis,

C’est un plaisir tout particulier pour moi d’être parmi vous ce-soir à l’occasion de ce sixième séminaire de l’Institut du Bosphore et je voudrais tout d’abord adresser à l’Institut du Bosphore et à son Conseil d’administration toutes mes félicitations, mais aussi lui souhaiter une longue vie.

N’y voyez pas de ma part un propos de pure politesse, mais bien l’expression d’une appréciation sincère d’un fervent défenseur de l’amitié franco-tuque pour ce que, pendant ces cinq années, l’Institut du Bosphore a fait à la fois pour mettre en valeur l’implication européenne de la Turquie, mais aussi pour préserver la proximité et l’amitié franco-turques plusieurs fois séculaires dans un contexte politique bilatéral parfois complexe.

Si je souhaite d’abord évoquer ce qui nous rapproche, c’est que dans le contexte actuel, empreint d’une gravité terrible, nous savons tous à quel point ce lien est fondamental. Notre coopération bilatérale est un pilier dans de nombreux domaines, et tout particulièrement en matière diplomatique. C’est donc avec d’autant plus de conviction que je veux rendre hommage à ce que nous bâtissons de concert.

Signe du succès de vos efforts, l’année 2014 aura été pour notre relation bilatérale un cru particulièrement exceptionnel. Elle aura été d’ores et déjà non seulement par la première visite d’Etat en Turquie d’un Président de la République française depuis 22 ans, mais aussi par la première visite de travail d’un Premier ministre de Turquie depuis 4 ans.

Notre Ministre de l’Intérieur était le 26 septembre afin de mettre en œuvre une coopération renforcée au service de notre volonté commune de lutter contre les filières terroristes. Autre rendez-vous important, il y a tout juste deux jours, s’est tenue à Paris, sous la présidence de nos ministres des Affaires étrangères, notre première réunion du « cadre stratégique de coopération » créé lors de la visite d’Etat du Président de la République. Ils ont signé à cette occasion un Plan d’action qui décline les grands axes de notre coopération pour les deux années à venir, en particulier dans le domaine de la politique étrangère, de la sécurité et de la défense, des investissements et du commerce, mais aussi dans le domaine de l’éducation et de la science, de la culture, ou encore de la justice.

C’est un développement majeur. Pour la première fois dans leur histoire récente, la Turquie et la France se projette à nouveau ensemble vers l’avenir. Nous en aurons d’ailleurs dans les prochaines semaines plusieurs exemples concrets de cette volonté commune.

Demain, la France sera l’invitée des journées internationales de coopération de l’industrie aéronautique et de défense d’Ankara. Des projets structurants pour la coopération industrielle se dessinent entre nos pays qui peuvent être l’un pour l’autre des partenaires stratégiques et ensemble des acteurs majeurs du développement de la base industrielle européenne de défense.

Le 26 novembre, le 1er forum franco-turc de l’innovation se tiendra à Istanbul en présence de mon collègue et ami, M. Matthias Fekl.

Dans les prochains mois, la Commission conjointe pour les affaires économiques se réunira aussi en Turquie et permettra d’avancer vers l’objectif que nous nous sommes fixés : celui de porter nos échanges commerciaux à 20 milliards d’euros (contre 13 pour le moment).
On ne sait pas assez en France que la Turquie est pour nous un partenaire économique et commercial de la même importance que le Japon, l’Inde ou le Brésil. Il y a désormais, en Turquie, plus de 450 entreprises françaises. Elles représentent près de 10 milliards d’euros d’investissements, promesse d’emploi et de croissance, aussi bien pour la Turquie que pour la France.
De la même façon, la France est ouverte aux investissements turcs : près de 80 entreprises turques opèrent aujourd’hui sur le sol français, avec des coopérations emblématiques dans le domaine de l’équipement automobile ou du textile.

Mesdames et Messieurs,

Aux portes de la Turquie se joue un drame humain. Au conflit syrien qui a fait plus de 200 000 morts en trois ans et demi, s’ajoute aujourd’hui la menace terroriste qui pèse sur le Nord de la Syrie – et notamment sur la ville de Kobani - mais également l’Irak et plus largement sur toute la région. La Turquie est en première ligne face à la multiplication des menaces et continue d’accueillir, dans les meilleures conditions possibles, le flux continu de réfugiés qui a dépassé 1,5 millions de personnes. Je souhaite saluer cette action remarquable des autorités turques et rappeler le soutien de la France. Comme l’ont rappelé les Présidents français et turc lors de leur dernier entretien le 8 octobre, nos deux pays partagent une grande proximité de vues sur les moyens de résoudre ces crises. Au-delà de l’intervention militaire de la coalition internationale, nous sommes d’accord sur la nécessité d’aider davantage l’opposition modérée en lutte à la fois contre Daech et contre le régime de Bachar el-Assad. La France soutient également l’idée de la Turquie de créer une zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour accueillir et protéger les personnes déplacées.

L’an prochain, nous aurons de grands rendez-vous internationaux qui nous permettrons de poursuivre notre dialogue politique : la présidence turque du G20 et la conférence de Paris sur le climat.

Raison de plus pour tous les acteurs de la relation franco-turque, et en premier lieu pour les membres de l’Institut du Bosphore de redoubler d’effort pour concrétiser les nombreux projets de coopération que nous avons lancé que ce soit dans le domaine politique, dans le domaine culturel ou dans le domaine économique.

Mesdames et Messieurs,

Notre rendez-vous intervient au moment où une nouvelle équipe européenne vient de prendre ses fonctions. Vous aurez qu’au sein de la nouvelle commission un ami fidèle de l’Institut, Pierre Moscovici.

Cette nouvelle équipe devra continuer à renforcer les mécanismes mis en place pour faire face aux défis auxquels l’UE a été récemment confrontée. La zone Euro est aujourd’hui stabilisée, une taxe sur les transactions financière a été décidée par 10 Etats membres mais surtout, un accord a été trouvé sur l’union bancaire, le projet le plus ambitieux depuis la monnaie unique. Les épargnants et les contribuables seront désormais protégés puisque si une banque devenait défaillante, il sera fait appel au système financier lui-même. La France a pris toute sa part dans cette réorientation visant à créer des mécanismes de solidarité. La France souhaite également pour l’Europe redonner de la force à l’économie en favorisant l’emploi et la croissance, en engageant la transition énergétique, en investissant sur de grands projets grâce à de nouveau instruments financiers et une action budgétaire volontaire.
La France a aussi créé les conditions d’une reprise des négociations entre la Turquie et l’Union Européen en appuyant l’ouverture du chapitre 22 consacré à la politique régionale, il y a de cela presque un an. Je tiens d’ailleurs ici à préciser qu’il n’est plus juste de parler de « blocage français » comme il y a 5 ans. Comme le Président François Hollande l’a dit à Ankara en janvier dernier, nous souhaitons que le processus se poursuive, dans un esprit de bonne foi, et sans blocage de principe. Aussi avons-nous marqué notre accord à l’ouverture des chapitres 23 et 24.
Pour sa part, la Turquie a renouvelé son engagement européen : l’accord de réadmission a été signé et ratifié. Il est entré en vigueur il y a deux semaines. Cela a permis de lancer le dialogue de libéralisation des visas. Le nouveau gouvernement turc a fait de l’adhésion à l’UE une de ses priorités. Il vient de lancer sa « nouvelle stratégie pour l’UE » et a annoncé un plan national d’action pour le mois prochain.
A la fin du printemps prochain se tiendront en Turquie les élections législatives. Cette échéance viendra clore une longue période de campagnes électorales. Comme pour l’élection présidentielle du mois d’août, ce sera un grand moment pour la démocratie turque et nous formons le vœu que cette échéance soit aussi l’occasion de réaffirmer ce qui nous rapproche en tant qu’Européens, je pense à la primauté du droit, au respect des droits de l’homme et des libertés, à l’indépendance de la justice : ces valeurs qui nous permettent de continuer à avancer ensemble vers un avenir partagé.

Vous comme nous, soyons mobilisés, veillons à ce que ceux qui veulent ignorer le projet européen, qui peuvent exister dans nos deux pays, ne viennent pas ruiner notre lien si nécessaire la stabilité du continent européen et à l’épanouissement de chacun de nos peuples.

Mesdames, Messieurs,
Vous l’avez compris, la coopération entre la Turquie, la France et l’Europe est large, approfondie et ambitieuse. Comme l’a montré le passé récent, l’approfondissement de nos relations et de notre coopération peut nous permettre de relever de nombreux défis. En partageant vos constats et analyses au cours de ce séminaire vous contribuerez, je l’espère, à enrichir et orienter ces solutions.

Je vous remercie.

Dernière modification : 27/11/2014

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