Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Mme Elif Shafak [tr]

Chère Elif Şafak
Mesdames et Messieurs, chers Amis,

C’est un grand honneur et un immense plaisir pour moi de vous accueillir pour cette occasion exceptionnelle.

L’ordre national des Arts et Lettres est un ordre très spécial. Il récompense ceux ou celles « qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire, ou par leur contribution au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde »

Chère Elif ŞAFAK,

Pour tous vos amis ici présents, cette décoration est une évidence. Ils savent que la France rend aujourd’hui hommage à une actrice majeure de la vie culturelle et intellectuelle en Turquie. Ils savent que la France rend hommage à une militante engagée qui symbolise la modernité de la Turquie.

Comme le veut la tradition, permettez-moi tout d’abord, de retracer votre parcours exceptionnel.

Vous êtes née en France, à Strasbourg, d’une mère diplomate. Après avoir habité Madrid, Ankara, Cologne, Aman, Boston, le Michigan et l’Arizona, vous finissez par poser vos bagages à Istanbul, la ville de votre cœur.

Dans votre jeunesse, vous pensez que la littérature française est l’une de celle, avec la russe, qui vous a le plus marquée dans votre jeunesse.

Docteur en Sciences politiques de l’Université du Moyen-Orient (METU) à Ankara, vous y avez également obtenu un Master en « Etudes sur le genre et le féminisme ». Vos mémoires portaient sur la « Compréhension des derviches hétérodoxes de l’Islam » d’une part et sur « L’Analyse de la culture et de la modernité turque à travers les discours des masculinités » d’autre part.

Ce parcours personnel cosmopolite et cette formation engagée et humaniste imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, ont sans doute influencé votre œuvre littéraire. Vos premiers romans en témoignent. Pinhan (Le Mystique), obtient en 1998 le Prix Rumi de la meilleure œuvre littéraire mystique en Turquie, tandis que Şehrin Aynaları en 1999 entremêle les mysticismes du Judaïsme et de l’Islam dans la Méditerranée du XVIIe siècle.

Avec Mahrem (Le Regard), couronné par le Prix du Meilleur Roman de l’Union des Ecrivains turcs en 2000, puis avec Bit Palas (en français « Bonbon Palace ») en 2002 vous confirmez vos premiers succès et élargissez considérablement votre lectorat.

Enseignante aux Etats-Unis, vous y écrivez directement en anglais La Bâtarde d’Istanbul (Baba Ve Pic), le livre le plus vendu en Turquie en 2006, qui passionne de très nombreux lecteurs dans le monde, dont près de 100 000 en France.

Des passages de ce roman, qui évoque avec finesse la question de l’oubli du génocide arménien vous valent d’être poursuivie pour « insultes à la turcicité ». Ces poursuites obscurantistes seront heureusement abandonnées, mais je sais que cette expérience vous a affecté profondément.

Pour notre plus grand bonheur, cette épreuve ne vous décourage pas de poursuivre votre travail sur les subconscients de la société turque. Vos lecteurs, en Turquie et dans le monde, continuent de suivre votre quête avec enthousiasme. En témoigne, les succès de vos dernières œuvres Siyah Süt (Lait noir 2008), sur le dilemme entre maternité et écriture, The fourty Rules of Love (Aşk ou Soufi mon Amour), tiré à plus de 500 000 exemplaires en Turquie en 2009, ou Iskender en 2011, sur le thème de l’identité, des traditions et de l’immigration.

Vous êtes aujourd’hui la romancière la plus lue en Turquie, votre œuvre est traduite dans 25 langues. Vous collaborez par ailleurs à divers quotidiens et mensuels turcs et internationaux, et vous composez des paroles de chansons pour des groupes de Rock.

Vous êtes également invitée à intervenir dans le monde entier. Récemment en France, dans le cadre de la « Saison de la Turquie » ou au Centre National du Livre à Paris. Lors du 5ème Forum des Femmes (Women’s Forum) à Deauville en 2009, vous êtes nommée « nouveau talent international » (international rising talent).

Ce soir, la France rend hommage une nouvelle fois à votre œuvre et à votre engagement.

Elif ŞAFAK, pour votre engagement intellectuel en faveur de la liberté d’opinion et votre contribution au dialogue interculturel et aux droits de l’homme, nous vous faisons, au nom du Ministre de la Culture de la République française, Chevalier dans l’Ordre National des Arts et des Lettres./.

Dernière modification : 10/07/2012

Haut de page