Un gigantesque inventaire des espèces dans le parc du Mercantour [tr]

Le Mercantour est un magnifique terrain de jeux pour les naturalistes. Ce parc national qui s’étend sur 2450 km2, en Italie et dans le sud-est de la France, présente des contrastes très marqués. Vallées et glaciers y côtoient les paysages méditerranéens. L’altitude y varie de 500 m aux 3200 m de la Cime du Gélas. Cet espace géographique extraordinaire héberge une biodiversité exceptionnelle. Ce site a donc été choisi pour le premier inventaire biologique généralisé - All Taxa Biodiversity Inventories (ATBI) - réalisé en Europe. L’opération présente d’ailleurs une double dimension européenne, puisqu’il couvre à la fois le parc du Mercantour, en France, et le Parco naturale Alpi Marittime, en Italie, et mobilise de nombreux chercheurs européens. Cette particularité a joué un rôle dans le choix de ce site, l’opération étant menée à l’initiative d’un consortium européen de grands musées d’histoire naturelle et de jardins botaniques - European Distributed Institute of Taxonomy (EDIT)-, coordonné par le Muséum national d’histoire naturelle.

Des centaines de spécialistes passionnés, chercheurs professionnels ou bénévoles amateurs se relaient sur le terrain. Certains travaillent au filet, d’autres au piège d’interception comme la « tente malaise », d’autres grattent le bois ou creusent le sol. Commencé en 2007 et prévu pour durer jusqu’en 2017, ce recensement donne des résultats spectaculaires : l’identification de milliers d’espèces, insectes, mollusques, arachnides, lichens et mousses, parmi lesquelles des dizaines sont nouvelles pour la science.

Certes, son étendue et son amplitude lui confèrent un peu des allures de mission impossible, comme le constate Louis Deharveng, directeur du laboratoire Origine, Structure et Evolution de la Biodiversité (OSEB) au Muséum national d’histoire naturelle, en charge des petits invertébrés terrestres, qui représentent potentiellement la partie la plus importante (et la moins bien répertoriée) de la biodiversité du Mercantour : « Chaque arbre, chaque petit recoin abrite des centaines de bestioles différentes de un millimètre à un centimètre ! Un piège d’interception ramène à chaque relevé des milliers de spécimens. Cela représente un énorme travail de collecte, mais aussi de tri et il sera très difficile d’identifier tous les échantillons, car cela requiert des savoirs extrêmement pointus. Il y a peut-être quelques centaines de personnes au monde capables de le faire, chacune étant spécialisée sur un groupe vivant particulier. Pour les plus gros insectes - certains coléoptères ou papillons par exemple -, nous travaillons avec des sociétés d’entomologistes mais pour certains groupes d’espèces, il n’existe pas de spécialistes ». La collecte s’étend donc à la recherche de compétences dans tous les pays du monde !

Ces petits invertébrés jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes terrestres. Donc, même si elle n’aboutit pas à une exhaustivité complète, l’opération sera une contribution fondamentale à la connaissance des équilibres vivants. « L’objectif est de préserver la biodiversité, de lutter contre l’extinction des espèces et, pour cela, il faut évidemment les connaître et savoir où elles sont ! souligne Louis Deharveng. Elles n’existent parfois que sur quelques km2, ce qui les rend vulnérables. Celles qui ne vivent que près des névés par exemple disparaissent en même temps qu’eux. Pour les protéger, on doit comprendre les raisons écologiques mais aussi historiques - l’impact des glaciers quaternaires notamment. Ces espèces sont indicatrices également des évolutions non apparentes du milieu comme les perturbations dans le sol, sous l’effet de l’activité humaine ou des changements climatiques. Grâce à l’inventaire, nous allons voir les groupes qui régressent, ceux qui augmentent, des données sur lesquelles on ne sait presque rien et qui sont essentielles pour la gestion de la biodiversité ».

A des fins pédagogiques sont menées des actions de sensibilisation du grand public liées à l’inventaire : expositions, colloques, conférences, publications, universités d’été… Le Mercantour est en effet une zone très touristique, accueillant chaque année plus de 800 000 visiteurs qui viennent y pratiquer l’alpinisme, le ski ou la randonnée sur ses 600 kilomètres de sentiers, admirer la vallée des Merveilles et ses 40 000 gravures préhistoriques ou le lac d’Allos, le plus grand lac naturel d’altitude en Europe. Pouvoir s’y initier à l’environnement en découvrant tout un univers moins visible sera désormais une raison supplémentaire de s’y rendre !

Seuls les Etats-Unis ont mis en œuvre un recensement de cette envergure, dans le Great Smoky Mountains (Appalaches). Le Muséum national d’histoire naturelle travaille également à d’autres inventaires, sur l’île de Santo, au Vanuatu, en Nouvelle-Calédonie, à Madagascar, dans les grottes de Chine du Sud, ou encore dans le Fynbos, une fabuleuse végétation spécifique d’Afrique du Sud.

Sylvie Thomas

Parc National du Mercantour
23 rue d’Italie, BP 1316, 06006 Nice Cedex 1
tél. 04 93 16 78 88.
www.mercantour.eu

Dernière modification : 05/07/2012

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